25/01/2007

Bientôt la Saint-Valentin...

Ce soir, tu t’es endormi dès la nuit tombée. Tel un enfant terrassé par le sommeil en plein jeu, tu t’es assoupi au milieu de la lecture de ton journal. Tes lunettes étaient toujours posées sur ton nez et j’ai décidé de les ôter pour rendre ton repos plus confortable. Je me suis approchée, à pas de souris, comme je le faisais pour te rejoindre dans la chambre d’amis, quand nous étions seulement fiancés. Nos parents ont-ils jamais entendu le parquet craquer ou ordonnaient-ils à leurs oreilles de se boucher ? La lumière dans les yeux de ma mère certains matins me laissaient deviner que, complice, elle protégeait nos ébats comme elle l’a toujours fait pour des belles choses.

 

Dans ce petit creux d’intimité, je regardais ton visage apaisé et un sourire m’est venu aux lèvres. Je t’ai trouvé immensément beau, comme le jour où ton regard m’a terrassée. Je me suis souvenue de ce creux qui avait pris place dans mon bas-ventre à l’instant où tes yeux si bleus s’étaient posés sur moi.

 

J’ai retiré les lunettes. Les rides que tu as désormais autour des yeux font comme des soleils. J’ai eu envie de les embrasser. Je l’ai fait. Ton nez que tu as toujours trouvé trop fort et que j’appelle ma petite montagne m’appelait. Je l’ai caressé du bout de l’index et je l’ai embrassé, lui aussi. J’ai laissé mes lèvres glisser vers les tiennes, goûter à ta bouche si joliment ourlée. J’avais envie de passer la main dans tes cheveux bouclés, enrouler les mèches autour de mes doigts, comme je le faisais avant, lorsque tu posais ta tête sur mes genoux pour faire la sieste, au bord de la rivière. T’en souviens-tu ? Bien sûr, c’était seulement hier, après tout. Mes doigts aussi n’avaient pas oublié, ils ont vite retrouvé le chemin au milieu des crolles. Inconsciemment, j’ai posé ma tête sur ton épaule et j’ai respiré ton odeur à pleins poumons, comme l’aurait fait un petit animal.

 

Tu as passé ta main sur mon ventre. Je t’ai regardé, croyant t’avoir réveillé, mais tu étais toujours assoupi. J’ai vu que tu souriais, comme si tu vivais également ce moment pleinement, à la fois heureux d’être là, maintenant, mais aussi connecté au jeune homme que tu étais, autrefois.

 

Tu as murmuré : « Ma toujours si belle ». Et la vieille femme que je suis a senti son cœur battre à tout rompre. Mes cheveux sont redevenus bruns, mon visage a perdu ses rides, les fleurs de cimetière sur mes mains ont disparu, mon corps a retrouvé sa souplesse. J’étais jeune et toi aussi. Et nos corps se sont donnés comme les corps jeunes savent si bien le faire.

 

Au matin, je ne savais pas si j’avais rêvé ou pas mais peu importe : seul compte l’enchantement de te voir à mes côtés, depuis cinquante deux ans, quatre mois et six jours.

 

Merci d’être mon compagnon de route jusqu’à toujours.

 

Ta belle du soir

 

18:13 Écrit par Fanny Charpentier dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : lettre d amour, saint-valentin, je t aime, declaration |  Facebook |