02/10/2009

Les cartes ne mentent jamais

-         Ca ne marche absolument pas, ton truc, là.

-         Ne parle pas comme ça des cartes !

-         Mais c’est la vérité, Sophie. Rien ne s’est passé comme tu l’avais dit.

-         Je n’ai rien dit. J’ai interprété pour toi, pauvre ignorant, le tirage que tu avais fait.

-         Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? Je me suis bien ridiculisé, la honte de ma vie !

-         Ca n’est pas possible, Dimitri : les cartes ne mentent jamais.

-         Mais je te jure !

-         Tu étais sincère au moins, quand tu as posé ta question ? Tu ne te moquais pas ?

-         Ecoute Sophie, arrête de te monter le bourrichon. Tu n’es pas madame Soleil et moi, je me suis bien planté. Je m’en remettrai mais j’ai retenu la leçon : tes trucs de nana, tu te les gardes. Tu parles d’un coup de foudre !

-         Tu dois certainement exagérer, Dimitri !

-         Tu ne me crois pas ? OK ! Je vais te raconter tout par le menu détail et on verra après qui ment, moi ou ton satané tarot.

-         Ne parle…

-         Tais-toi, Sophie ! Donc, depuis que tes cartes avaient « parlé », je me préparais mentalement. Je me disais que chaque jour pouvait m’apporter l’amour fou et je vivais en fonction. Je m’habillais avec soin, me rasais de près…

-         T’as trois poils.

-         Et alors ? Je ne sortais pas sans un léger parfum d’Hugo Boss. J’en étais même à vérifier si mes chaussures étaient parfaitement cirées ou pas. Je te passe tous les petits détails, du genre observation des ailes du nez et du front dans le miroir, angoisse au moindre cil de travers, lavage des dents au citron pour les rendre plus blanches.

-         Oui passe moi les détails, ça vaut mieux. J’aimerais pouvoir encore croire en l’homme idéal plutôt que d’imaginer que quelque part, un pauvre mec se reluque dans sa salle de bains en espérant ainsi se transformer en Prince Charmant.

-         Merci, Sophie. C’est un plaisir de te connaître.

-         Faut en vouloir à ton père, hein ? Ma mère et moi, on ne demandait rien à personne. C’est lui qui l’a draguée.

-         Je continue mon histoire où tu vas encore me raconter « ta mère et mon père » épisode quarante sept mille trois cent vingt-quatre ?

-         Ok, continue.

-         Bon, donc, j’étais le mec parfait. Je me baladais au hasard, en pensant à ce que tu m’avais dit : « Le moment idéal, ce sera quand tu la verras dans un nuage doré ». Je vivais en me demandant sans cesse : « Pt’… , où vais-je dégoter un nuage doré ? ». Parce que ça, évidemment, tes cartes ne le disaient pas, ça. Comme elles auraient pas pu faire simple et me dire : « Va à la Terrasse de l’Ours » ou « Attends sur le quai 3 le train du soir ».

-         La recherche du sens fait partie essentielle du cheminement.

-         Pardon ?

-         Traduction pour les garçons : « Bouge-toi  pour mériter d’avoir eu accès à une info sur ton avenir ».

-         Ouais, ben je trouve que je me suis pas mal démené et pour que dalle, parce que la soi-disant info, c’était n’importe quoi.

-         Que tu prétends ! Je ne te crois toujours pas.

-         Tu vas voir. Donc, je cherchais la lumière dorée. Je devais avoir l’air hagard et débile, comme un pauvre gars sous ectasy qui essaye d’attraper les lasers au cours d’une rave party, tu sais le fameux « catch the light ». Mais j’assumais. Je n’osais évidemment pas en parler à mes potes, t’imagines : « Salut Benji, dis au fait, si tu vois une lumière dorée, tu me préviens, hein ? Y’a la femme de ma vie qui m’y attend ». Je me donnais l’impression de devenir cinglé.

-         Faut pas exagérer ! Je t’ai tiré les cartes avant-hier. Tu n’as pas eu le temps de devenir plus dingue que d’habitude !

-         Tu crois ? Moi je pense que si et que tu l’as fait exprès pour que je me ridiculise.

-         Mais enfin, Dim’, t’es fou ou quoi ? J’ai vraiment pas besoin de ça pour exister.

-         J’en suis pas sûr… T’as bien besoin des cartes, après tout.

-         T’es vraiment méchant. Heureusement que tu l’as loupée, la femme de ta vie, ça fait une malheureuse de moins.

-         Ah ! Tu vois ! Tu reconnais que je l’ai loupée.

-         C’est ce que t’arrêtes pas de répéter. Et j’ose imaginer que si c’était pas le cas, tu serais pas ici, dans la chambre de ta demi-sœur, à me raconter ta vie ! Ce que je ne comprends pas, c’est comment tu as fait.

-         Ah oui, parce que c’est de ma faute ? Attends, je continue. Euh… J’en étais où ?

-         T’étais l’idiot du village qui cherchait la lumière.

-         Rigole pas, Sophie ! J’étais vraiment obnubilé par ça et ce n’est pas du tout gai. Parce que quand t’y penses, tu te donnes le sentiment de ne pas être normal. Et quand tu t’aperçois que t’y pensais pas, tu te dis « M…, j’ai pas fait gaffe ! Si ça tombe, le moment parfait est passé ». Bref, je tentais de vivre ma vie tout en cherchant mon âme sœur avec angoisse. A un moment, sur un parking, y’a eu un reflet de soleil dans un pare-brise et j’ai bien cru que ça y était. J’ai foncé vers la voiture et j’ai mis mes mains contre les vitres pour bien voir à l’intérieur. Mais y’avait personne. J’étais en train de me dire que j’allais attendre pour voir qui rentrerait dedans au moment où un grand baraqué est arrivé.

-         C’était peut-être lui, ta femme idéale. Faut être ouvert, brother !

-         Très drôle. En tous cas, lui, il n’avait pas l’air ouvert du tout. Il m’a demandé ce que je cherchais et s’il pouvait m’aider. J’ai bredouillé trois mots et je suis parti. Avec mon air de Jésus de la crèche, j’avais pas dû lui plaire car il m’a suivi du regard pendant longtemps. Génial, quoi. J’ai failli me faire arrêter grâce à toi.

-         Tout de suite, tu dramatises. T’as un mauvais karma pour voir autant la vie du mauvais côté ?

-         Non, j’ai une demi-sœur. Bref, à un moment, je me suis souvenu qu’au Soleil, le bar à cocktails, il y avait des tas de jeux de lumières. J’y suis allé sans trop de conviction. Et là : bingo ! Une lumière dorée, jaune-orange. C’était parfait. Et au bar, en effet, une nana. Là, je me suis dit que c’était bon, on y était.

-         En effet, ça a l’air d’être bien. La fille te plaisait…

-         Et j’ai commencé à engager la conversation. Blabla, tu vois : « Moi, c’est Dim’, et toi ?  Hannah, waw, c’est super mignon comme prénom».

-         Dis donc, t’es un vrai pro de la drague toi.

-         Super drôle, miss. J’étais impressionné, avec tout ce que tu m’avais raconté. Mais j’essayais de faire de mon mieux, d’être drôle, léger, enfin, tu vois.

-         De ta part, pas trop, mais bon.

-         Ouais, ben, elle n’a pas dû trop bien voir non plus parce que quand je lui ai dit que j’aimerais la revoir …

-         Tu lui as dit ça ?

-         Tu voulais que je lui dise quoi ? Laisse-moi finir, t’y connais rien. Donc, je lui ai dit qu’elle me plaisait et que c’était clair, c’était elle la femme de ma vie. Je lui ai même parlé de coup de foudre, « love at first sight » comme dise les Anglais.

-         Oui, au premier regard ; mais après…

-         Et là, elle s’est emportée et m’a dit que j’étais un gros nase, qui ne connaissait rien aux femmes. Elle s’est levée et m’a planté là, elle est carrément partie.

-         Et t’as fait quoi ?

-         Ben, j’ai payé et je suis parti.

-         Mais enfin, Dimitri, t’es débile ou quoi ?

-         Quoi ? qu’est-ce que j’ai pas bien fait ? J’aurais pas dû payer ?

-         Qu’on dit les cartes ?

-         Lumière dorée, super belle fille, coup de foudre.

-         Non !!!

-         C’est ce que tu as dit.

-         Non, j’ai dit : quand tu trouveras une lumière dorée, le moment sera idéal. Tu sais que là, tu la rencontreras.

-         Oui, c’est ce que je disais.

-         Et la suite ?

-         J’sais plus, un truc comme un coup de foudre à retardement.

-         Non ! « Ce sera le moment du coup de foudre, passé la première illusion ».

-         Et alors ? Quoi la première illusion ?

-         Cette nana, c’était l’illusion.

-         Mais non ! L’illusion, c’était la voiture.

-         Quelle voiture ?

-         Je t’ai dit, où le gars m’a regardé bizarrement.

-         Mais ça n’a rien à voir, cette bagnole ! T’avais pas encore trouvé la lumière quand tu as vu cette auto!

-         Ben quoi alors ?

-         Y’en avait certainement une autre, de fille, dans le bar ?

-         Ben ouais, derrière, y’avait une rouquine, je crois, qui semblait trouver  la scène pathétique. J’ai pas trop fait gaffe, moi, j’avais trouvé soi-disant la nana de mes rêves.

-         Tu l’avais trouvée, brother !

-         Mais pourquoi elle est partie, alors ?

-         C’est la rouquine que t’aurais dû draguer ! L’autre c’était l’illusion.

-         Merde !

-         Preuve est faite : les cartes ne mentent jamais. La vérité, c’est que rare sont ceux qui savent les écouter.

16:53 Écrit par Fanny Charpentier dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : amour, avenir, coup de foudre, verite, cartes, tarot, madame soleil |  Facebook |